Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/207

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— Oh ! cela n’est plus nécessaire maintenant, répondit Antoinette : ce serait une perte de temps.

— Ne parles pas aussi étrangement, chère Antoinette, s’empressa de répondre madame d’Aulnay. Ce langage m’alarme et me fait de la peine… Mais, tu frissonnes, mon enfant, et tu es très pâle ; j’espère que tu n’as pas pris du froid. Couche-toi sur ce sofa, et je vais te faire apporter immédiatement par Jeanne une tasse de café chaud.

Ce n’étaient ni le froid ni aucune indisposition physique qui avaient fait pâlir les joues d’Antoinette, mais bien les douleurs morales qu’elle éprouvait. Cette promenade qu’elle venait de faire avait été pour elle, en allant et revenant, remplie d’événements. Le charme puissant qu’Evelyn avait exercé sur elle en la laissant lire dans son cœur orgueilleux et contre lequel elle avait lutté avec efforts, lui montrait qu’elle était capable d’un amour encore plus vif, plus profond que celui qu’elle avait accordé à Audley Sternfield. Son mari lui-même, dont l’affection patiente et pleine d’attentions aurait pu servir de bouclier invulnérable à sa jeunesse inexpérimentée contre les pièges dangereux qui environnaient sa position exceptionnelle, au lieu de la protéger contre la jalousie, l’irritation et les autres mauvais sentiments qui le dominaient pour le moment, favorisait au contraire cette impression, sans plus s’occuper de la douleur qu’il infligeait à cette nature tendre et sensible pour