Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/212

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

un message de son mari, et elle se rendit aussitôt dans la Bibliothèque. Elle revint bientôt cependant et toute habillée, pour sortir ; elle informa ses amis étonnés qu’elle allait en ville avec M. d’Aulnay pour affaires, ce qui était vrai. Le trouble d’Antoinette, à cette nouvelle, fut intense ; mais le malaise qu’elle laissa voir fut interprété par Evelyn d’une manière très flatteuse pour lui-même. Involontairement, il approcha sa chaise plus près de la jeune fille, et à mesure qu’il parlait, le timbre de sa voix diminuait insensiblement, l’expression de ses traits devenait plus tendre, ce qui, on le pense bien, était loin de mettre Antoinette à l’aise.

Ils étaient donc assis près l’un de l’autre lorsque par hasard levant les yeux, ils aperçurent, sur le seuil de la porte entr’ouverte, le major Sternfield qui les regardait fixement. Antoinette fit un mouvement de terreur qui n’échappa pas au regard attentif d’Evelyn ; mais, recouvrant presqu’aussitôt toutes ses facultés, elle se leva, souhaita, en bégayant, la bienvenue au major et l’invita à entrer.

— Merci, je craindrais d’être de trop ! répondit-il avec un accent d’amère ironie. Je ne me pardonnerais pas de troubler un aussi charmant tête-à-tête.

Le front du colonel devint aussi sombre que celui de son subalterne, et il fixa sur ce dernier un regard sévère et interrogateur.

— J’espère, colonel, que vous ne me mettrez pas aux arrêts pour mon interruption bien involontaire ! continua Sternfield sur le même ton de persifflage.