Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/283

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une petite fiole et un verre placés à côté d’elle, et surtout la douloureuse délicatesse de son apparence, disaient qu’elle était convalescente. Près d’elle était madame Gérard qui demanda tout-à-coup :

— Veux-tu savoir ce que le docteur Le Bourdais a dit, chère enfant ?

Une ombre de sourire et une légère inclinaison de tête furent la seule réponse à cette question.

— Eh ! bien, il a déclaré que tes poumons sont parfaitement sains, et que tout ce dont tu as besoin, c’est de la distraction et d’un peu de plaisir. Il trouve que la vie que tu mènes ici est trop monotone et trop tranquille pour l’état actuel de ta santé, et il recommande une promenade immédiate à la ville.

— En ville ! répéta Antoinette d’un air consterné : ah ! c’est bien le pire conseil qu’il pouvait donner. Non, je ne laisserai pas cette maison : ici, au moins, j’ai le repos et la paix, tout ce que je puis désirer ou espérer sur la terre.

— Ma bien chère Antoinette, il faut que tu partes, cela a été jugé nécessaire dans l’intérêt de ta santé. D’ailleurs, tu ne resteras à Montréal que quelques semaines, juste assez de temps pour satisfaire les désirs du médecin et l’inquiétude sans cesse croissante de ton père.

Trop docile ou trop faible pour résister longtemps, la jeune femme eut bientôt cédé, et huit jours après elle était assise dans le salon de madame d’Aulnay et subissait, comme une enfant obéissante, les félicita-