Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/302

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la bonne apparence qu’elle lui avait vue une année à peine auparavant, ne put s’empêcher de hocher la tête tristement, comme si elle eut eu un lugubre pressentiment.

Sans prendre garde aux observations qui se faisaient autour d’elle sur l’altération de ses traits, Antoinette fit tous ses efforts pour paraître gaie et heureuse ; mais le docteur Manby, qui était au nombre des invités présents, se frottant les mains, ne put s’empêcher de dire que ce qu’il fallait à sa jeune amie c’était des distractions et des plaisirs.

Un des plus enjoués parmi les invités était sans contredit Louis Beauchesne, et il y en avait peu dont la réserve ne cédât pas plus ou moins à sa franche et cordiale gaieté. Sternfield, au contraire, était dans un de ses plus mauvais moments. De fortes pertes qu’il avait faites au jeu la nuit précédente le chiffonnaient énormément, et on peut dire que rarement homme se rendit à une fête de société avec des dispositions aussi contraires. Résolu longtemps à l’avance de trouver sa malheureuse jeune femme en faute, il commença par se fâcher de ce qu’elle paraissait si extraordinairement gaie et du calme de ses manières vis-à-vis de lui. Profitant de la danse pour laquelle il avait retenu sa main, il fit tout son possible pour affaiblir sa gaieté factice, en la favorisant d’un nouveau chapitre de reproches auxquels, hélas ! elle était déjà si bien habituée. La danse terminée, il la laissa brusquement et