Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/304

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vous et attendre la prochaine danse, car vous m’avez promis de danser encore une fois avec moi.

Animé par le désir de lui faire oublier les chagrins qu’il lisait sur son visage, Louis n’épargna aucun effort pour l’intéresser et l’amuser, mais ce fut inutile ; les regards distraits d’Antoinette se promenaient tout autour du salon et s’arrêtaient à la dérobée sur Sternfield qui se trouvait à quelques pas plus loin, apparemment occupé de sa jolie partenaire, car il ne dansait qu’avec de très-jeunes et belles femmes. L’attitude d’Antoinette inquiétait singulièrement Louis ; il y avait dans son regard de la peine, de l’inquiétude et de la douleur, mais non de cette colère jalouse dont une jeune fille fait ordinairement preuve en voyant son amoureux se confondre en attentions pour une autre. Tout-à-coup, après avoir bien examiné silencieusement sa contenance :

— Excusez ma remarque, dit-il, mais je crois que le major Sternfield est un amoureux bien infidèle. Oh ! Antoinette, est-il bien possible que vous aimiez cet homme ?

Elle rougit vivement à cette question, et ne répondit qu’en tournant vers lui un regard plein de reproches.

— Pardonnez-moi, chère Antoinette, continua-t-il, mais il me semble qu’il y a dans ses manières et dans son caractère quelque chose qui devrait l’empêcher de gagner et encore moins d’absorber l’affection d’un cœur comme le vôtre.