Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/321

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demandé à voir le malade, il n’aurait pas été plus étonné qu’en apercevant mademoiselle de Mirecourt. Dans une chambre adjacente, dont la porte était entrouverte, il y avait deux autres officiers, et l’expression de profonde surprise qui se manifesta sur leur figure à la vue d’Antoinette rivalisait avec l’étonnement si visible dont le lieutenant de Laval venait de faire preuve.

— M’entendez-vous ? répéta Antoinette au portier avec une agitation fiévreuse ; je désire voir le major Sternfield.

Le soldat hésitait, dans la crainte d’introduire une visite aussi extraordinaire sans, au moins, l’avoir préalablement annoncée au blessé.

Contrariée par ce nouveau délai, Antoinette se tourna tout-à-coup vers M. de Laval, et d’un air suppliant :

— Vous me connaissez, vous, s’écria-t-elle ; dites-lui donc de me conduire de suite au major Sternfield.

— Certainement, mademoiselle de Mirecourt, répondit-il avec un embarras qui contrastait singulièrement avec la véhémence de la jeune femme. — Ici, garçon, conduisez de suite cette dame dans la chambre du major : j’en prends toute la responsabilité.

Le soldat obéit, et Antoinette, tremblant de tous ses membres, le suivit dans l’escalier étroit et escarpé.

— Voilà ce que j’appelle une intrigue, — chuchota le jeune honorable à ses deux camarades qui l’avaient rejoint dans le corridor dès qu’Antoinette eut disparu.