Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/322

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Une jeune demoiselle qui ferait cela en Angleterre serait flétrie.

— Et elle le sera certainement ici comme elle l’aurait été là-bas : au Canada, on n’est pas plus indulgent que chez nous pour les faiblesses des femmes, — répliqua un de ses compagnons.

— Je puis difficilement en croire mes yeux, — dit le troisième, un charmant jeune homme qu’Antoinette avait souvent rencontré chez madame d’Aulnay ; — je le répète, je puis difficilement en croire mes yeux, car mademoiselle de Mirecourt m’a toujours parue si gentille, si modeste, que je l’aurais crue incapable de s’aventurer dans une pareille démarche.

— Ah ! c’est que l’amour opère des miracles, Thornley ; quelquefois même il change la nature du monde.

— Stemfibld est un heureux gaillard, grogna le jeune de Laval : vivant ou à l’agonie, il tient à faire sensation. Si, demain, nous étions dans la situation où il se trouve, aucun de nous n’aurait la bonne fortune de voir venir à son chevet un ange comme cette jeune fille.

— Eh ! bien, le pauvre malheureux, cette visite ne lui fera pas énormément de bien, reprit le capitaine Thornley. Il est presque au-dessus de toute consolation terrestre ; mais, quant à moi, je dois dire que je n’en estime pas moins cette jeune fille qui a eu le courage de braver les sourires et les moqueries du public pour venir dire un dernier adieu à l’homme qu’elle a aimé.