Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/324

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XXXII.


Arrivés à l’étage où se trouvait la chambre de Sternfield, le soldat indiqua la porte sans dire mot, et, n’osant pas s’aventurer plus loin, disparut aussitôt.

Faible et chancelante, Antoinette frappa à la porte qui fut de suite ouverte par le docteur Ormsby, le même ministre qui avait présidé à son mariage avec Sternfield.

— Est-il encore vivant ? demanda-t-elle vivement en scrutant avec avidité la figure douce et triste du chapelain protestant.

— Oui, mais ses heures sont comptées, répondit celui-ci en portant mélancoliquement ses regards dans la direction du lit sur lequel était étendu le major qui ressemblait à un mort.

— Oh ! Audley, mon mari! — sanglota Antoinette en s’élançant tout-à-coup vers lui et s’agenouillant près de la couche du mourant, sans s’occuper, en cet instant suprême, de ceux qui pouvaient être dans la chambre pour saisir le secret qu’elle avait gardé depuis si longtemps avec tant de soin, sans s’apercevoir qu’un autre, Cecil Evelyn lui-même, était à une fenêtre près de là et avait fait, à cette révélation inattendue, un bond prodigieux. Toutes ses pensées, toutes ses craintes étaient absorbées par l’idée écrasante que l’homme qui avait été le bourreau de sa vie, mais auquel elle appartenait par le plus sacré des liens, était là, devant elle, sur le point d’expirer.