Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/333

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Pendant quelques instants après son départ, le malade garda un silence sombre qu’il rompit enfin en demandant tout-à-coup :

— Connais-tu, Antoinette, la main méprisable qui m’a cloué sur ce lit de mort ? Sans doute tu ne l’ignores pas : c’est ton amoureux campagnard. Si je n’ai pas parlé de lui plus tôt, c’est parce que sa pensée fait venir la malédiction sur mes lèvres et oppresse ma poitrine ; mais j’ai un mot à te dire à son sujet. Il reviendra probablement renouveler sa demande en mariage : avant d’entrer dans l’éternité, je voudrais avoir ta promesse solennelle que jamais tu ne lui prêteras une oreille favorable.

— Cher Audley, pensez-vous que la main qui est encore teinte du sang de mon mari…

— Ah ! bah ! pas de sentiment : je ne veux pas de phrases ni de protestations, mais la promesse, le serment que jamais tu ne feras plus pour lui que ce que tu as fait jusqu’ici.

— Volontiers ; de tout mon cœur, de toute mon âme, je vous le promets.

— Alors, baises cela, — et il indiquait du regard la chaîne à laquelle était attachée la petite croix d’or : la promesse que tu m’as déjà faite sur cette croix a été si religieusement observée, que je puis ajouter foi en toutes celles qui sont faites sur cet objet.

Elle prit la croix et la baisa solennellement.

— C’est bien, Antoinette ; je puis maintenant mourir sans te mépriser et sans te maudire.