Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/36

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procha d’elle, et, sans plus de préambules lui demanda de vouloir bien être sa femme.

À cette demande, elle devint terriblement pâle, et après quelques instants d’un silence plein d’émotion, elle murmura :

— Puis-je être, moi pauvre fille, puis-je être l’épouse que votre mère choisirait et qui vous vaudrait l’approbation de vos amis ?

— Ce n’est pas ce que je te demande, chère Corinne. Je ne me marie pas pour complaire à mes amis ni à ma mère, et d’ailleurs, celle-ci m’aime trop pour trouver à redire contre le choix que je ferai. Ainsi, dis le moi franchement : m’aimes-tu assez pour devenir ma femme ?

Doucement et presque en hésitant, comme si elle eût craint de livrer le secret qu’elle gardait depuis si longtemps, Corinne laissa échapper le oui si délicieux à entendre et quelques semaines après, leur mariage était célébré très-simplement, sans pompe, dans la petite église du village.. Madame de Mirecourt la première impression de surprise passée, avait sans peine sacrifié ses vœux à ceux du fils qu’elle idolâtrait.

Après son mariage, la froideur et l’indifférence de Corinne s’évanouirent comme fond la neige sous le soleil d’avril, et jamais femme ne fut plus aimante ni plus dévouée. Jamais de Mirecourt ne lui dit qu’il avait surpris son secret, jamais, non plus, il ne lui donna à supposer