Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/46

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font-ils pour résister à la nature pendant tout ce temps là ?

L’irritation d’Antoinette avait fait place à la gaieté, et cette fois ce fut en souriant qu’elle répondit :

— Oh ! ce n’est pas difficile : quand les provisions deviennent rares, ils se mangent les uns les autres.

Ciel et terre ! c’était donc bien possible et bien vrai : elle voulait le mystifier ! À cette découverte, sa respiration sembla suspendue, et pendant assez longtemps son étonnement le tint silencieux. Mais non, il devait punir comme elle le méritait, il devait anéantir l’audacieuse jeune fille. Prenant donc un air aussi moqueur que ses traits efféminés pouvaient lui permettre d’emprunter, il reprit :

— Eh ! bien, oui, le Canada est encore tellement en dehors de la civilisation, que je ne suis pas étonné que vous y tolériez toutes ces coutumes, quelques barbares qu’elles soient.

— C’est vrai, réplique Antoinette avec sérénité ; nous pouvons y tolérer tout, excepté les fats et les fous.

Cette dernière sortie était trop forte pour le lieutenant de Laval, et il n’était pas encore revenu du choc qu’elle lui avait causé, lorsque le major Sternfield arriva avec empressement demander la main de mademoiselle de Mirecourt pour une autre danse.

Antoinette passa négligemment son bras sous celui qui lui était présenté et alla se mettre en place, sans