Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/57

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en remettant les lettres à la jeune fille qui tendit les mains avec empressement.

Jeanne occupait dans la maison la position d’une personne privilégiée. Femme de chambre de madame d’Aulnay avant le mariage de celle-ci, elle l’avait suivie dans sa nouvelle demeure, probablement pour ne plus jamais s’en séparer ; elle lui était profondément attachée, et souvent elle lui avait donné des preuves de cet attachement sous la forme de remontrances et de conseils que la légère et capricieuse madame d’Aulnay n’aurait certainement pas soufferts d’aucune autre personne.

Antoinette ouvrit précipitamment les missives qui toutes deux, étaient longues et écrites très serrées. Madame d’Aulnay, jetant un coup d’œil sur ces pages et les voyant si bien remplies, s’écria avec impatience :

— Assurément, chère enfant, tu n’as pas l’intention, j’espère, de lire ces folios en entier maintenant. Tiens, tiens, mets-les de côté, tu en prendras connaissance à notre retour.

— Non pas, chère Lucille. Ces lettres sont de papa et cette pauvre madame Gérard, et ma pensée a tellement négligée depuis quelque temps ces deux personnes si chères à mon cœur que, par manière de pénitence, je dois reste à la maison et lire leurs lettres jusqu’à ce que je les sache par cœur.

— Quelle folie ! consentiras-tu véritablement à perdre cette charmante après-dînée et la première journée