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BALAOO

de s’exprimer humaine, lui a donné un coup sur la cervelle plus puissant qu’avec un épieu. Balaoo le soulève, Balaoo lui fait boire un coup de la liqueur de feu, reste du festin, au fond d’une gourde. Le bon Honorat soupire, s’appuie au bras du bon quadrumane… fait quelques pas, se sent plus rassuré et songe tout à coup qu’il va, peut-être, s’il veut reprendre des forces, ne plus mourir !…

Ces dernières forces, il les rassemble… Et, accroché au quadrumane qui le précède, si droit, si droit pendant que lui, homme, est quasi à quatre pattes sous la futaie, il entre sous les branches. Quelquefois le quadrumane le prend dans ses bras et l’emporte dans les arbres. Le docteur se laisse faire comme un bébé dans les bras de sa nourrice. Ah ! le bon quadrumane ! Enfin, voici un sentier… Balaoo l’y dépose… Oui, oui, le docteur se rappelle des histoires d’homme des bois qui sont racontés dans les livres des voyageurs… Après tout, du moment que cet original de Coriolis avait chez lui un homme des bois, son aventure n’est peut-être pas aussi extraordinaire qu’elle en a l’air. Il est vrai que celui-là parle !… Eh bien ! pourquoi ne lui aurait-on pas appris à parler ?… Il y en a de ces savants qui disent que ce n’est pas impossible !… Enfin, le principal, c’est que lui, le bon docteur Honorat, sorte le plus tôt possible de sa fâcheuse position.

Balaoo, sur le sentier, lui a indiqué la direction à suivre, et l’anthropopithèque s’en retourne, solennel, sans seulement attendre qu’on lui dise merci !… Délivré ! le docteur se met à courir comme un fou ! comme un fou ! comme un fou qu’il est certainement en train de devenir.

Depuis combien de temps court-il ?… Il ne doit plus être bien loin de la grande route, maintenant ! Il est sauvé ! Soudain il s’arrête net. On lui a frappé sur l’épaule. Il