Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/10

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On divise, d’ordinaire, la science économique en quatre parties distinctes, quatre provinces, pour employer le langage de l’école. La première concerne exclusivement la production des richesses : on y recherche les lois générales qui, en dehors de tout procédé technique, donnent au travail de l’homme vivant en société le maximum d’efficacité. Parmi les phénomènes les plus importants qu’embrasse cet ordre d’études, on peut signaler la nature et le rôle du capital, la division du travail, la liberté industrielle, la concentration des ateliers, l’emploi des machines, la concurrence. Les premiers économistes, Adam Smith, Jean-Baptiste Say et leurs successeurs ont excellé dans cette fraction du domaine de leur science, ils l’ont pour ainsi dire épuisée, n’y laissant après eux aucune vérité importante à découvrir. La seconde partie de la science comprend la circulation des richesses ; elle traite des lois générales qui règlent l’échange, la monnaie, les banques, le crédit. Sur ces sujets les travaux ont été innombrables ; les doctrines, cependant, sont moins fixes et moins certaines ; il y a place à des efforts utiles et à des vues nouvelles. Après ces deux catégories de phénomènes la science économique doit étudier la distribution ou, plus exactement, la répartition des richesses, ce qui diffère beaucoup de leur circulation : il s’agit de se rendre compte de la part qui doit revenir en stricte justice et de celle qui échoit en réalité aux divers facteurs de la production, aux hommes qui détiennent le sol en conformité avec nos lois civiles, à ceux qui possèdent les instruments de travail, aux hommes qui ont la conception et la direction des entreprises, à ceux enfin qui prêtent leurs mains ou leur esprit pour l’exécution ; cette dernière classe d’agents de la production forme en tout pays la majorité des habitants. Le champ que comprend cette troisième province de la science économique n’est pas restreint, comme on le voit, et l’exploration n’en est pas d’un mince intérêt. Enfin, le quatrième ordre de phénomènes qui complète notre science, c’est la consommation des richesses la destruction improductive et l’emploi reproductif des capitaux, les effets respectifs de la prodigalité