Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/163

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l’État, grands ou petits ; à l’expiration de ces longs baux, le sol ferait retour à la Communauté qui de nouveau le donnerait à bail. Comment dans ce système l’ensemble des citoyens autres que les fermiers de l’État seraient-ils copartageants du sol ? C’est ici qu’apparaît la subtilité et en même temps le vide du système chaque citoyen aurait la « jouissance idéale de la terre l’absence d’impôts, la liberté complète de toutes les industries, de toutes les transactions, feraient jouir chacun de sa idéale du domaine public. Tel est le programme de la société de la Land reform dans la colonie australienne de Victoria. M. de Laveleye donne tout au long les statuts de cette association qui se propose, on le sait, de substituer le système de l’affermage au système de vente des terres libres pour la colonisation[1]. Nous n’insistons pas sur ce premier mode d’assurer à tous la jouissance de la propriété. Il n’y a, en effet, rien de commun entre la jouissance idéale d’une chose et la jouissance matérielle de la même chose ; celle-là n’équivaut pas le moins du monde à celle-ci : c’est comme le rêve et la réalité.

Le second système pour restituer à la généralité des hommes leur part dans la possession de la terre, cette mère commune, c’est celui des sociétés coopératives ou de famille, ou même la propriété communale du sol, à laquelle on pourrait arriver graduellement par voie d’expropriation avec indemnité, des impôts spéciaux à établir en fournissant les moyens. C’est à ce projet que s’arrêtent plusieurs économistes radicaux de l’Angleterre et de la Belgique, Stuart Mill et M. Émile de Laveleye.

Le troisième système enfin est sorti, non de la tête des philosophes, mais de la constitution sociale de plusieurs peuples, notamment du peuple français ; c’est le système de la petite propriété des paysans propriétaires peasant proprietorship. Plusieurs économistes anglais s’y rallient, notamment un écrivain de beaucoup d’acuité d’esprit, M. Thornton[2].

  1. Laveleye, Les formes primitives de la propriété.
  2. Voir son ouvrage : A plea for peasant proprietors. London, Macmillan, 1874.