Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/211

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gnait les grandes villes voisines de Roubaix et de Tourcoing qui ne sont guère que des faubourgs de Lille, on arriverait à un accroissement encore plus prodigieux. À côté de ces exemples de progrès, il y en a quelques-uns d’état stationnaire, d’autres même, mais en très-petit nombre, de décadence. Nantes et Rouen peuvent presque être considérées comme des villes relativement stationnaires. Chacune d’elles avait le même chiffre d’habitants à peu près en 1789 (soit 65,000) ; Nantes en comptait, en 1876, 122,000, et Rouen 105,000 ; en quatre-vingt-sept ans la population de la première n’avait guère que doublé, et celle de la seconde ne s’était accrue que de 60 p. 100.

Dans l’intervalle des deux recensements de 1872 à 1876 l’accroissement de la population n’avait été pour la France entière que de 2,22 p. 100. Or, l’ensemble des villes de plus de 10,000 âmes s’était accru pendant la même période dans une proportion trois fois plus élevée. En 1866, quand la France possédait encore l’Alsace et la Lorraine, il n’y avait dans notre pays que 186 villes ayant plus de 10,000 âmes, avec une population totale de 7,214,854. En 1872, dans notre patrie diminuée, le nombre des villes de plus de 10, 000 âmes s’élevait à 190 ; en 1876, il était de 204, comptant ensemble 7,898,914 habitants. Telle est la rapide croissance des villes, même dans un pays comme la France où la population est presque stationnaire.

Le mouvement est à plus forte raison plus intense dans les contrées où les habitants sont prolifiques. De 1833 à 1873 la population réunie des neuf principales villes d’Europe, Londres, Paris, Berlin, Constantinople, Saint-Pétersbourg, Naples, Vienne, Dublin et Moscou, avait presque doublé de 5,582,000 âmes elle était passée à 10,895,000.

Quoique l’on puisse affirmer que la tendance à l’accroissement de la population des villes n’est pas près de disparaître, il n’est pas possible de supposer qu’elle se manifeste

    aine importance, seulement une grande partie de la population résidait dans la banlieue qui était administrativement distincte de la ville. En 1824, probablement à la suite d’annexions, la ville de Lille comptait 64,000 habitants.