Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/294

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dans le pays. Depuis longtemps il est en France de 5 p. 100 ; on devra l’abaisser un jour à 4 p. 100. Un député en 1878 a demandé cette modification ; elle serait peut-être encore prématurée. Du moins pourrait-on, dès maintenant, appliquer le taux de 4 1/2, plus tard celui de 4 p. 100 quand les esprits se seront accoutumés davantage à la baisse de l’intérêt des capitaux.

Si l’État ne doit pas fixer un maximum à la rémunération des capitaux, il ne doit pas non plus s’opposer aux effets bienfaisants de la baisse de l’intérêt. C’est ce qu’il fait parfois quand il ne profite pas, pour convertir ses dettes anciennes, des facilités que lui donnent l’amélioration de son crédit et l’abondance des capitaux. La conduite du gouvernement français à la fin de la Restauration, sous le règne de Louis-Philippe, et plus encore depuis 1873 ou 1874, est d’une déplorable, d’une scandaleuse faiblesse à cet égard. Par le refus des chambres de Louis-Philippe de convertir le 5 p. 100, d’abord en 4 p. 100, puis en 3 1/2, la dette publique française est de cent millions de francs en arrérages supérieure à ce qu’elle serait si les Chambres avaient été un peu plus intelligentes et plus patriotes. Depuis 1873 les ministres et les parlements français n’ont pas été d’une moins révoltante incurie à ce sujet. Il leur eût été loisible de réduire le 5 p. 100, d’abord en 4 1/2, puis en 4 p. 100 au pair, et de préparer une réduction ultérieure en 3 1/2, en 3 et plus tard en 2 1/2, peut-être même en 2 p. 100.

Le lecteur trouvera peut-être que nous nous servons d’épithètes bien sévères mais notre conscience se soulève et notre prévoyance s’alarme en voyant le contribuable perpétuellement spolié au profit de particuliers. Que répondre aux socialistes, dont le nombre devient de plus en plus menaçant, quand l’État travaille de propos délibéré à conserver, par des mesures artificielles, l’inégalité des conditions, quand l’État maintient sur l’ensemble de la société, y compris les salariés, de lourds impôts qui sont devenus superflus, uniquement afin de payer aux rentiers un intérêt qu’il ne leur doit plus ?

L’intérêt du capital est une chose sacrée, à la condition