Page:Leroy-Beaulieu, Essai sur la répartition des richesses, 1881.djvu/521

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née depuis lors l’ensemble des revenus de cette classe a décru il ne s’élevait plus, en 1878, qu’à 101,770,000 marks ou 127,212,000 francs : la perte éprouvée par les très gros revenus atteignait ainsi 25 millions de francs environ ou 16 p. 100. Au lieu de représenter 1.62 p. 100 de l’ensemble des revenus de la Prusse, cette catégorie n’en formait plus que 1.26 p.100.

De ces faits particuliers, desquels on pourrait rapprocher beaucoup d’autres analogues, on peut tirer une induction générale : c’est que l’élévation des très petits et des moyens revenus est continue dans un pays civilisé, que c’est un phénomène qui se manifeste sans interruption ; il peut y avoir ralentissement du mouvement ascendant ; il n’y a jamais arrêt complet. L’amélioration, la hausse du niveau des couches inférieures et moyennes de la société est constante. Les crises industrielles, commerciales, financières affectent beaucoup plus les sommets que les régions plus basses. On croit que la misère générale va résulter d’un embarras industriel ou commercial, de mauvaises récoltes successives, d’un Krach à la bourse : il n’en est rien ; autrefois, c’était une des conséquences naturelles de ces fléaux intermittents ; aujourd’hui, pris dans leur masse, les petits, les modiques et les moyens revenus ne cessent pas de progresser contre vents et marée. Les gros revenus seuls, surtout les très gros, sont sujets, en tant que classe, à rétrograder ou à rester stationnaires. Ceux qui ignorent ces vérités, ceux qui n’ont pas su les dégager de la multiplicité des faits contemporains ne comprennent rien au mouvement économique du monde actuel. Ils s’ébahissent à chaque instant devant les plus-values d’impôts, l’augmentation des dépôts aux caisses d’épargnes, la hausse des valeurs mobilières, l’essor des recettes des chemins de fer, phénomènes qui coïncident souvent avec des crises agricoles, des crises industrielles, des crises financières. Les petits revenus, de même que les revenus modiques et les revenus moyens, ont dans nos sociétés civilisées un essor régulier, constant, ininterrompu, tandis que le mouvement ascendant des gros et des très-gros revenus est