Page:Les Aventures de Huck Finn.djvu/110

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— Alors, tu as eu affaire à de fiers pleutres… Dis donc, mon garçon, qu’est-ce qu’il a, ton père ?

— Oh ! pas grand’ chose. Il n’y a pas de quoi s’effrayer comme on le fait.

Nous n’étions plus très loin du radeau ; ils cessèrent d’avancer.

— Tu mens, s’écria celui qui m’avait parlé le premier. Dis-nous la vérité, tu n’y perdras rien.

— Eh bien, je vous la dirai. Il a la… Bah ! ça ne s’attrape que quand on a peur… D’ailleurs, je vous jetterai l’amarre et vous n’aurez pas besoin d’approcher trop près.

— Nage à culer, John ! Et toi, passe au large, et tâche de te tenir sous le vent. Ton père a la petite vérole, et tu le sais fort bien. Pourquoi ne l’avoir pas dit tout de suite ?

— On m’a planté là lorsque je l’ai dit, répliquai-je en pleurnichant.

— Parbleu, on n’a pas envie d’attraper la petite vérole ! Il faudrait trouver un médecin. Descends le fleuve pendant une vingtaine de milles et tu arriveras à une ville. Il fera grand jour alors et tu la verras à ta gauche. Ne t’avise pas de laisser deviner quelle maladie tu apportes. Je te plains ; mais que veux-tu que nous y fassions ? Maintenant, file. Tu es pauvre, sans doute ? Tiens, je vais mettre une pièce d’or de vingt dollars sur cette planche — arrête-la au passage.

— Attends une minute, Parker, dit l’autre, voilà une autre pièce de vingt dollars. Adieu, mon garçon, et bonne chance.

Ils s’éloignèrent à la hâte, tandis que je me dirigeais sans me presser vers le radeau, étonné de me sentir aussi tranquille que si j’avais livré le nègre et rempli mon devoir d’homme blanc. Lorsque j’entrai dans le wigwam, je le trouvai vide. Jim ne se montrait nulle part.

— Jim ! Jim !

— Me voici, Huck, dit une voix qui venait je ne savais trop d’où. Sont-ils hors de vue ? Ne parlez pas si haut.

Il était dans l’eau, à l’arrière du radeau.

— Ne crains rien, répondis-je ; ils sont déjà loin.