Page:Les Aventures de Huck Finn.djvu/111

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Alors Jim remonta, se secoua et me dit :

— J’ai tout entendu ; la peur m’a pris et je me suis glissé dans l’eau. S’ils étaient venus à bord, j’aurais gagné la côte à la nage pour attendre leur départ. Mais comme vous les avez roulés ! Vous avez encore une fois sauvé le vieux Jim, et il s’en souviendra, Huck ! Et ils vous ont donné de l’argent par-dessus le marché.

— Oui, vingt dollars pour chacun de nous.

— Avec cela nous pourrons prendre passage sur un vapeur et il nous restera de quoi vivre jusqu’à ce que nous soyons dans les États libres. Je voudrais déjà y être.

Lorsque le jour se montra, nous gagnâmes la côte. Jim eut soin de bien cacher notre embarcation, puis il travailla à tout empaqueter, de façon à être prêt à quitter le radeau.

La nuit suivante, vers dix heures, à un endroit où le fleuve faisait un coude, nous aperçûmes un assez grand nombre de lumières qui annonçaient une ville. Je partis dans le canot pour aller aux informations. Bientôt je vis un bateau monté par un pêcheur qui posait ses filets.

— Maître, est-ce là le Caire ? lui demandai-je poliment.

— Le Caire ? Non.

— Quelle ville est-ce donc ?

— Puisque tu tiens à en savoir davantage, je te conseille de ne pas m’empêcher de jeter mes lignes ou gare à toi ! Va te renseigner là-bas, tu y trouveras assez de bavards.

Ce n’était pas le Caire, cela me suffisait. Je regagnai donc le radeau. Jim, ainsi que je le prévoyais, fut terriblement désappointé.

— Ne te désole pas, lui dis-je. Encore une étape et nous y serons. Deux ou trois heures plus tard, nous passâmes devant une petite ville entourée de collines et je me disposai à aller à terre. Jim me retint. J’avais oublié qu’autour du Caire le pays est très plat. Bientôt l’approche du jour, jointe à la fatigue, nous engagea à faire une nouvelle halte, et nous nous arrêtâmes au bord d’un îlot, près de la rive