Page:Les Aventures de Huck Finn.djvu/186

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


XXI
6 000 dollars escamotés.


Je m’approchai à pas de loup de leurs chambres et je prêtai l’oreille. Ils ronflaient. J’arrivai sans encombre au bas de l’escalier. Au rez-de-chaussée rien ne bougeait. Je regardai à travers une fente de la porte de la salle à manger et j’aperçus tous les veilleurs endormis sur leurs chaises. Le salon, où se trouvait le cercueil, était faiblement éclairé ; mais je n’y vis personne. Je pus donc gagner l’entrée de la maison sans avoir rencontré une âme. Par malheur, la grille était fermée à double tour et on avait retiré la clef. Au même instant, j’entendis quelqu’un qui descendait l’escalier, juste derrière moi. Je courus me réfugier dans le salon et, après avoir jeté autour de moi un rapide coup d’œil, je ne vis d’autre endroit que le cercueil pour cacher mon sac. Le couvercle avait été repoussé en arrière, de façon à laisser à découvert le visage du mort. Je soulevai ledit couvercle et je glissai le sac dans le cercueil, puis je me faufilai derrière la porte.

La personne qui venait de descendre était Marie-Jeanne. Elle se dirigea tout droit vers la bière, s’agenouilla, et comme elle me tournait le dos, je pus m’éloigner sans être forcé de lui expliquer le motif de ma présence.

Je regagnai mon grenier, assez mécontent du résultat de mon expédition. Après tout, me dis-je, si par hasard on découvre le sac, on n’y comprendra rien, et je ne serai pas compromis. Dans le cas contraire, j’écrirai au docteur quand nous serons à une bonne distance de Nantuck et il rendra l’argent aux orphelines. Je m’endormis en songeant à la joie qu’il éprouverait, ce qui ne m’empêcha pas de rêver que le duc m’étranglait.