Page:Les Aventures de Huck Finn.djvu/187

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Lorsque je descendis, au grand jour, le salon était fermé et les veilleurs avaient disparu. Il ne restait dans la maison que les gens de la famille et Mme Bartley. Je devinai, à l’expression des visages, que je n’avais aucune raison pour m’alarmer ; évidemment on n’avait rien découvert.

L’enterrement eut lieu vers onze heures et il ne s’y passa rien d’extraordinaire. Tous les enterrements se ressemblant, je n’ai donc pas besoin de parler de celui-là. Dans l’après-midi, les Wilks reçurent beaucoup de visites durant lesquelles on vida un bon nombre de bouteilles. Le roi se montra plus mielleux que jamais. Comme on l’engageait à s’établir à Nantuck, il déclara que le climat des États-Unis ne lui convenait pas — son médecin le lui avait dit — et d’ailleurs son troupeau aurait de la peine à se passer de lui. Il le regrettait, mais il lui faudrait régler ses affaires temporelles au plus vite et abréger autant que possible son séjour. Naturellement, son frère et lui désiraient ramener leurs chères nièces à Sheffield, où elles se retrouveraient au milieu de leur famille. Cette idée plut surtout aux nièces, au point qu’elles en oublièrent leur chagrin. Elles engagèrent même le vieux caméléopard à tout vendre sans perdre de temps. Elles semblaient si heureuses que cela me serrait le cœur de les voir se laisser duper ainsi ; mais comment les mettre sur leurs gardes sans m’exposer à être étranglé ?

Le roi était si pressé qu’il fit poser dès le lendemain des affiches annonçant la vente aux enchères de la maison, des nègres, de la tannerie et du reste de l’héritage. Cette vente devait avoir lieu deux jours après l’enterrement ; mais on se réservait le droit de traiter à l’amiable s’il se présentait des acheteurs.

Il s’en présenta, et le roi céda à un prix très raisonnable les trois esclaves du défunt. Cela porta un premier coup à la joie des orphelines, qui se désolèrent en apprenant que leur ancienne servante allait partir pour Memphis, tandis que ses deux fils s’en iraient à la Nouvelle-Orléans. L’idée ne leur était pas venue que ces gens qu’elles aimaient pussent être ainsi séparés. Le roi s’excusa de son mieux.