Page:Les Aventures de Huck Finn.djvu/36

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il contribuait de son mieux à faire la fortune ; et d’ailleurs, il se trouvait dans un des cas où il ne pouvait boire que de l’eau, ses poches étant vides.

— Tenez, s’écria-t-il, je crois que, s’il y avait devant moi une bouteille de whisky, je n’y toucherais pas. Je veux être pendu si…

— N’allons pas si vite, interrompit le juge. Ne vous engagez à rien avant d’être sûr de vous.

Le nouveau converti était-il sincère ? Lui seul le sait. En tout cas, le juge eut de graves raisons pour en douter. Au milieu de la nuit, mon père eut très soif. L’eau ne manquait pas dans la chambre où ses hôtes l’avaient hébergé, mais cette boisson ne le tentait pas le moins du monde. Il descendit par la fenêtre, échangea son habit neuf contre une cruche de rhum, rentra au gîte et se donna du bon temps. Vers l’aube, bien que la cruche fût vide, il avait plus soif que jamais. Cette fois, il descendit si maladroitement qu’il se cassa le bras gauche en deux endroits et fut ramassé le lendemain matin à moitié mort de froid.

Lorsqu’on visita la chambre d’ami, on la trouva dans un tel état que la femme du juge conseilla à son mari de se montrer moins philanthrope à l’avenir. Quant à ce dernier, il déclara que l’on parviendrait peut-être à corriger son ex-protégé à coups de revolver, mais qu’il ne voyait pas d’autre moyen.