Page:Les Aventures de Huck Finn.djvu/57

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— Quoi ! tu te nourris de fraises ?

— Je n’ai pas trouvé autre chose.

— Depuis combien de temps es-tu dans l’île ?

— Depuis le jour où vous avez été jeté à l’eau.

— Alors tu dois être affamé ?

— Je crois que je mangerais un cheval ! Et de quoi vous êtes-vous nourri, massa Huck ?… Ah ! je vois que vous avez un fusil. Voilà qui est bon. Tâchez de tuer quelque chose.

— Viens avec moi, lui dis-je, et je te promets un déjeuner solide.

Je l’emmenai du côté où j’avais laissé le canot, et, tandis qu’il allumait le feu, j’allai chercher le lard, la farine, la poêle à frire, le café, la cafetière, les timbales, le sucre et tout le bataclan. Je rapportai aussi un brochet qu’il déclara être le meilleur poisson qu’il eût jamais mangé. Il dévora ensuite plusieurs tranches de lard et une bonne ration de biscuits. Enfin, lorsqu’il fut rassasié, nous nous allongeâmes sur l’herbe.

— Voyons, me dit Jim, qui donc a été tué dans cette cabane, si ce n’est pas vous ?

Je lui racontai l’histoire de ma fuite ; puis je lui demandai par quel hasard il se trouvait dans l’île. Il parut inquiet et hésitant.

— Je ferais peut-être mieux de ne pas le dire… Mais vous ne me trahirez pas, Huck ?

— Jamais de la vie !

— Eh bien, je me suis sauvé.

— Jim… je ne me serais pas attendu à ça de ta part.

— Oui ; mais vous avez promis de ne pas me dénoncer.

— Si l’on apprend que je t’ai gardé le secret, on me traitera de canaille d’abolitionniste et on me montrera au doigt. N’importe, j’ai promis, je tiendrai…

— Vous vous êtes sauvé aussi, massa Huck.

— Oh ! ce n’est pas la même chose ; je n’appartiens à personne ; on ne m’a pas acheté.