Page:Les Aventures de Huck Finn.djvu/80

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J’écrivis tant bien que mal l’adresse de mon oncle sur un bout de papier : Abner Moore, charron, à Goschen (Missouri). Cette épreuve ne suffit pas pour convaincre mon hôtesse.

— Il doit y avoir des vaches sur la ferme d’où tu viens ? me demanda-t-elle brusquement.

— Certainement, madame ; des vaches, des moutons, des chevaux, des poules, des…

— Alors, réponds vite, sans prendre le temps de réfléchir. Lorsqu’une vache est couchée, comment se remet-elle debout ?

— Sur ses jambes de derrière, madame.

— Et un cheval ?

— Sur ses jambes de devant, parbleu !

— De quel côté des arbres pousse-t-il le plus de mousse ?

— Du côté du nord.

— Bon ; je vois que tu as vécu à la campagne. Je croyais que tu cherchais de nouveau à me tromper. Maintenant, dis-moi ton nom.

— Georges Peters.

— Tâche de ne pas l’oublier. Tu ne te tirerais plus d’affaire en soutenant que tu t’appelles Georges-Alexandre, lorsque je te surprendrai à mentir. Encore un conseil. Avant de vouloir passer pour une fille, apprends à enfiler une aiguille. Approche le fil de l’aiguille et non pas l’aiguille du fil. Et, quand tu viseras un rat ou autre chose, ne te contente pas de rejeter le bras en arrière et de jouer du coude et du poignet. Dresse-toi sur la pointe des pieds, lève la main au-dessus de la tête aussi maladroitement que possible, abaisse le bras tout d’une pièce, comme s’il tournait sur un pivot, et manque ton rat de cinq ou six pieds. Et rappelle-toi surtout que, quand une femme est assise, elle n’a pas besoin de serrer les genoux pour retenir un bout de plomb qu’on jette sur sa jupe. Vois-tu, j’ai su à quoi m’en tenir dès que tu t’es mis à enfiler cette aiguille ; mais je tenais à être sûre de ne pas me tromper. À présent, Sarah-Mary Williamson, Georges-Alexandre Peters, tu peux profiter du clair de lune pour partir et rejoindre ton oncle. Je te