Page:Les Aventures de Huck Finn.djvu/81

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souhaite un bon accueil. Si tu te retrouves dans l’embarras, envoie un mot à Mme Judith Loftus — c’est mon nom — et nous tâcherons de t’en tirer. En attendant, la faim vient vite à ton âge ; j’ai là des sandwiches toutes faites que tu vas emporter.

Debout, Jim !

Je me sentais si honteux d’avoir débité tant d’histoires à cette brave dame, que je voulus refuser. Je n’avais vraiment pas faim. Mais elle me fourra le paquet de sandwiches dans la main et je me laissai faire, car je craignais de voir arriver son mari. Elle me retint encore quelques minutes afin de me renseigner d’une façon très précise sur la route à suivre pour arriver en droite ligne au but de mon voyage. Je ne pouvais pas lui dire que je connaissais le chemin beaucoup mieux qu’elle et que d’ailleurs j’avais l’intention d’en prendre un autre. Après l’avoir remerciée, je suivis la berge pendant une cinquantaine de yards, puis je revins sur mes pas jusqu’au canot, qui se trouvait à peu de distance de la maison, et je partis en toute hâte. Je ramai contre le courant assez loin pour qu’il me ramenât à la tête de l’île. Je jetai au loin mon chapeau — je n’avais pas besoin d’œillères. Parvenu vers le milieu du fleuve, je crus entendre tinter une horloge et je m’arrêtai pour écouter… Un, deux, trois… Onze heures !… Il n’y avait pas de temps à perdre. Lorsque j’eus atteint la pointe de l’île, je ne m’attardai pas pour reprendre haleine, bien que je fusse presque