Page:Les Aventures de Huck Finn.djvu/97

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monte à cheval et se batte comme les autres. Quelquefois, il se dispute avec son parlement et coupe la tête des gens qui ne lui obéissent pas.

— Ça ne m’étonne pas. Le roi Salomon — celui-là, j’en ai entendu parler — a fait bien pis.

— Mais non, mais non, Jim. Il n’y a jamais eu un roi plus sage ; miss Watson me l’a dit.

— Elle peut dire ce qui lui plaira. Vous ne connaissez donc pas l’histoire du bébé qu’il voulait couper en deux ?

— Si, je la connais, et elle prouve justement combien Salomon était sage.

— Allons donc ! C’est comme si un juge déchirait un billet de banque en deux, parce que deux individus le réclament. Voilà comment le roi Salomon a agi. Je vous demande un peu à quoi sert une moitié d’enfant ? Je ne donnerais pas un liard d’un million d’enfants coupés en deux, ni vous non plus.

— Tu n’as rien compris à cette histoire, Jim.

— Qui ? Moi ? Je ne suis pas plus bête qu’un autre et je comprends qu’il n’y a pas l’ombre de bon sens dans l’affaire du roi Salomon. Personne ne demandait une moitié d’enfant. On voulait l’enfant tout entier, et un juge qui croit arranger la dispute en coupant l’enfant en deux n’en sait pas assez pour ouvrir son parapluie afin de se garer d’une averse.

— Je te répète que tu n’y as rien compris.

J’eus beau chercher à lui expliquer que Salomon n’avait pas la moindre intention de tuer l’enfant et qu’il tenait seulement à découvrir la vraie mère, je n’y pus réussir. Lorsque Jim se fourrait une idée dans la tête, impossible de l’en faire démordre.

— Et vous, Huck, voudriez-vous être roi ? me demanda-t-il tout à coup.

— Non, ma foi. On me traiterait peut-être comme on a traité le roi Louis XVI. Je t’ai lu son histoire là-haut, dans la grotte de l’île Jackson.