Page:Les Aventures de Huck Finn.djvu/98

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— C’est vrai ; je me rappelle maintenant, et le métier me paraît moins bon. Et on a laissé mourir en prison le pauvre petit dauphin qui aurait dû être roi !

— Il y a des gens qui croient qu’il s’est sauvé en Amérique.

— Tant mieux ; mais nous n’avons pas de rois chez nous ; que veux-tu qu’il fasse ici ?

— Je n’en sais rien. Il doit être assez vieux aujourd’hui ; mais il pourra toujours apprendre aux Américains à parler français.

— Est-ce que les Français ne parlent pas comme nous ?

— Non, Jim, ni les Allemands non plus. Tu ne comprendrais pas un mot de ce qu’ils te diraient, pas un seul.

— Par exemple, voilà qui est fort.

— Oui, mais c’est comme ça. Moi, je connais un mot ou deux de leur baragouin, parce que miss Watson a voulu m’apprendre. Merci, c’est trop difficile ! Si un colporteur se campait devant toi et te disait : Sprechen sie Deutsch ? que répondrais-tu ?

— Je ne lui répondrais pas ; je lui flanquerais un coup de poing. Je croirais qu’il se moque de moi.

— Nigaud ! Il te demanderait tout bonnement si tu parles allemand.

— Alors pourquoi ne le demande-t-il pas ?

— Mais il te le demande — c’est sa façon de le demander.

— C’est une bête de façon qui n’a pas le sens commun.

— Voyons, Jim, les chats parlent-ils comme nous ?

— Non, les chats ne parlent pas comme nous.

— Et les vaches ?

— Les vaches non plus.

— Est-ce qu’un chat parle comme une vache ou une vache comme un chat ?

— Non.

— Et tu trouves tout simple que les vaches et les chats parlent d’une manière différente, pas vrai ?

— Oui, pour sûr.