Page:Les Braves Gens.djvu/281

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


CHAPITRE XXX

Le lieutenant insolent. — Le capitaine Hermann.


En traversant Saint-Calais, si horriblement et si injustement maltraité par les ennemis, Mme Defert vit de pauvres prisonniers français, cavaliers, fantassins, marins, mélangés comme dans les déroutes, se promener tristement par petits groupes. Des blessés se traînant péniblement sur leurs béquilles venaient chercher un peu de soleil. À cette vue, toute la douleur de la voyageuse fut renouvelée, et elle fit arrêter sa voiture. Si la prudence ne l’avait pas contrainte à ménager sa bourse, elle l’eût vidée tout entière entre leurs mains. Elle pleurait, la pauvre mère, en songeant à son enfant qui avait souffert avec ces braves gens, et qui n’était plus. Elle demanda aux prisonniers qui l’entouraient s’il y avait à Saint-Calais des soldats du régiment de son fils. Les soldats se consultèrent et recueillirent leurs souvenirs. Un zouave déclara qu’il n’y avait à Saint-Calais aucun soldat de ce régiment ; un jeune soldat de la ligne, tout pâle, avec un