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de Fernand Mendez Pinto.

de l’année mil ſix cent trente neuf, depuis que le Seigneur de toutes les choſes creées en fait voir à ceux qui viuoient ſur terre, combien il auoit en horreur les pechez des hommes, pour leſquels il noya tout l’Vniuers, des eaux qu’il fiſt tomber du Ciel pour ſatisfaire à ſa diuine Iuſtice. Il leur fera, diſ-je, manifeſté que c’eſt le nouueau Prince Pequin qui a baſty cette fortereſſe, à qui il a donné ſon nom. Ainſi conformément à la Prophetie que l’enfant mort nous en a donnée, il ſera publié partout par la voix des peuples eſtrangers, de quelle façon il faut craindre le Seigneur, & luy rendre des ſacrifices qui luy ſoient agreables & iuſtes. Voila ce que diſt le Roy Pequin à ſes vaſſaux, & c’eſt ainſi qu’on le voit encore graué aujourd’huy ſur vn eſcuſſon d’argent, attaché à vne arcade d’vne des principales portes de la ville, appellée Pommicotay, en laquelle pour memoire de cette Prophetie, il y a d’ordinaire vne garde de quarante hallebardiers auec leur Capitaine, là où en toutes les autres il n’y en a que quatre ſeulement, qui ſont obligez de rendre compte de ceux qui entrent dans la ville & qui en ſortent à chaque iour ; & parce que les Hiſtoires font foy que ce fut au troiſieſme du mois d’Aouſt, que ce nouueau Roy ietta le premier fondement de cette ville ; à ce meſme iour les Roys de la Chine ont accouſtumé de ſe faire voir au peuple, ce qu’ils font auec tant de grandeur & de majeſté, qu’il faut que i’aduouë qu’il me ſeroit impoſſible d’en pouuoir raconter la moindre partie, tant s’en faut que i’en puiſſe deſcrire le tout. Or à cauſe des paroles que diſt ce premier Roy, que les Chinois tiennent pour vne Prophetie infaillible, ſes deſcendans en apprehendant ſi fort l’euenement, que par vne Loy qu’ils ont faite exprés, il eſt defendu ſur de grandes peines, de ne receuoir en ce Royaume que des Ambaſſadeurs & des eſclaues, mais point d’autres eſtrangers. C’eſt auſſi pour cela que lors qu’il y en arriue quelques-vns, ils les banniſſent auſſi tost d’vn lieu à l’autre, ſans leur permettre de s’eſtablir en aucune part, comme ils le pratiquerent enuers moy & enuers mes huict compagnons. Voila donc comme de cette meſme façon que i’ay ſuccinctement racontée, fut fondé & peuplé cet Empire de la Chine, par le moyen de ce Prince appellé Pequin, fils de