Page:Lesage - Histoire de Gil Blas de Santillane, 1920, tome 1.djvu/143

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Nous nous levâmes après cela, et nous nous remîmes en marche avec beaucoup de gaieté. Le barbier, à qui Fabrice avait dit qu’il m’était arrivé des aventures très particulières, me pria de les lui apprendre moi-même. Je crus ne pouvoir rien refuser à un homme qui m’avait si bien régalé ; je lui donnai la satisfaction qu’il demandait. Ensuite, je lui dis que, pour reconnaître ma complaisance, il fallait qu’il me contât aussi l’histoire de sa vie. Oh ! pour mon histoire, s’écria-t-il, elle ne mérite guère d’être entendue : elle ne contient que des faits fort simples. Néanmoins, ajouta-t-il, puisque nous n’avons rien de meilleur à faire, je vais vous la raconter telle qu’elle est. En même temps, il en fit le récit à peu près de cette sorte.


CHAPITRE VII

Histoire d’un garçon barbier


Fernand Pérès de la Fuente, mon grand-père (je commence la chose d’un peu loin), après avoir été pendant cinquante ans barbier du village d’Olmedo, mourut, et laissa quatre fils. L’aîné, nommé Nicolas, s’empara de sa boutique, et lui succéda dans sa profession. Bertrand, le puîné, se mettant le commerce en tête, devint marchand mercier ; et Thomas, qui était le troisième, se fit maître d’école. Pour le quatrième, qu’on appelait Pedro, comme il se sentait né pour les belles-lettres, il vendit une petite pièce de terre qu’il avait eue pour son partage, et alla demeurer à Madrid, où il espérait qu’un jour il se ferait distinguer par son savoir et par son esprit. Ses trois autres frères ne se séparèrent point : ils s’établirent à Olmedo, en se mariant avec des filles de laboureurs, qui leur apportèrent en mariage peu de bien, mais en récompense une grande fécondité. Elles firent des enfants comme à l’envi l’une de l’autre.