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III


La grande, l’unique passion de la vie entière de Nietzsche fut la recherche de la vérité. Voyons quelle est, chez lui, l’origine de cet instinct et quelle forme particulière il revêt.

Nietzsche appartenait à une de ces familles protestantes à la fois très pieuses et très cultivées, où un vif sentiment religieux s’allie à un goût décidé pour la science. Son père et son grand-père avaient l’un et l’autre suivi la carrière pastorale après avoir fait tous deux de solides études universitaires ; sa mère et sa grand’mère appartenaient également à des familles de pasteurs. Le jeune Nietzsche, tout naturellement, fut destiné à suivre la même voie que son père. Ses camarades d’enfance se le rappellent grave, modeste et doux, replié sur lui-même, profondément religieux non seulement en paroles mais dans ses actes ; ses amis de classe l’appelaient à six ans « le petit pasteur ». Jusqu’à sa confirmation, qu’il fit à l’âge de dix-sept ans environ, sa foi resta intacte ; et quand trois ans après, au moment de quitter l’école de Pforta où il avait fait ses études, il adressait, selon un vieil usage de cet établissement, l’expression écrite de sa reconnaissance à ceux qui l’avaient dirigé à l’entrée de la vie, c’est à Dieu qu’il songe d’abord : « À Lui, à qui je dois presque tout, j’apporte tout d’abord l’hommage de ma gratitude ; quelles actions de grâce puis-je Lui offrir, sinon la fervente adoration de mon cœur qui sent plus vivement que jamais la grandeur de son amour, de cet amour à qui je dois cette heure, la plus belle de mon existence ? Puisse Dieu, mon fidèle appui, m’avoir toujours en sa garde[1]. »

  1. Mme Förster-Nietzsche. Das Leben Nietzsche’s, I, 194.