Page:Liskenne, Sauvan - Bibliothèque historique et militaire, Tome 1, 1835.djvu/100

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THUCYDIDE, LIV. I.

tendait à l’invasion des Barbares, eut persuadé aux Athéniens, alors en guerre avec les Éginètes, de construire des vaisseaux sur lesquels ils combattirent, et qui n’étaient pontés qu’en partie.

Chap. 15. Telle était la marine des Hellènes dans les temps anciens, et à des époques moins éloignées. Cependant les cités qui avaient des flottes, se procurèrent une puissance imposante par leurs revenus pécuniaires, et par leur domination sur les autres ; car avec des vaisseaux elles soumettaient les îles. C’est ce qui arrivait surtout aux peuples dont le territoire ne suffisait pas à leurs besoins.

D’ailleurs, il ne se faisait par terre aucune expédition d’où l’on retirât quelque puissance. Toutes les guerres qui s’élevaient n’étaient que contre des voisins, et les Hellènes n’envoyaient pas des armées faire des conquêtes au dehors et loin de leurs frontières. On ne voyait pas de petites cités s’associer aux grandes en qualité de sujettes ; et des républiques égales entre elles n’apportaient pas en commun des contributions pour lever des armées : la guerre se faisait de voisins à voisins. Ce fut surtout dans celle que se firent jadis les peuples de la Chalcis et d’Erétrie, que le reste de l’Hellade se partagea pour donner des secours aux uns ou aux autres.

Chap. 16. Divers peuples éprouvèrent divers obstacles à leur agrandissement. Les Ioniens en particulier, voyaient leur puissance s’agrandir, lorsque Cyrus, avec les forces du royaume de Perse, abattit Crésus, conquit tout ce qui est à l’occident du fleuve Halys jusqu’à la mer, et réduisit en servitude les cités du continent. Darius ensuite, plus fort que les Phéniciens sur mer, se rendit maître même des îles.

Chap. 17. Ce qu’il y avait de tyrans dans les différens états de l’Hellade, occupés seulement de pourvoir à leurs intérêts, de défendre leur personne, et d’agrandir leur maison, se tenaient constamment dans l’enceinte de leurs cités pour vivre le plus en sûreté possible. Si l’on excepte ceux de Sicile, qui s’élevèrent à une grande puissance, ils ne firent rien de mémorable ; seulement chacun d’eux exerçait quelques hostilités contre ses voisins. Ainsi de toutes parts, et pendant long-temps, l’Hellade fut hors d’état de faire en commun rien d’éclatant ; chacune de ses républiques était incapable de rien oser.

Chap. 18. Mais bientôt les derniers tyrans du reste de l’Hellade, qui, presque tout entière, même avant les Athéniens, avait subi le joug, furent la plupart, excepté ceux de Sicile, chassés sans retour par les Lacédémoniens. Lacédémone, fondée par les Doriens qui l’habitent, avait été plus long-temps qu’aucune autre république dont nous ayons connaissance, agitée de séditions ; mais elle eut, dès la plus haute antiquité, de bonnes lois, et ne connut jamais le pouvoir tyrannique. Depuis que les Lacédémoniens vivent sous ce régime, auquel ils doivent leur puissance et le droit de régler les intérêts des autres républiques, depuis cette époque, dis-je, jusqu’à la fin de cette guerre, il s’est écoulé quatre cents ans, et même un peu plus.

Peu d’années donc après l’extinction de la tyrannie dans l’Hellade, se donna la bataille de Marathon, entre les Mèdes et les Athéniens, et dix ans après, les Barbares, avec une puissante armée, se jetèrent sur l’Hellade pour l’asservir. Pendant que ce grand danger était suspendu sur les têtes, les Lacédémoniens, supérieurs en puissance, commandèrent les Hellènes armés pour la défense commune. Les Athéniens ayant résolu d’abandonner leur ville en emportèrent ce qu’ils

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