Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/114

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pour rafraîchir leurs tripotages lui disaient [1] : « Vous ne ferez jamais d’opérations financières si vous n’en finissez avec ces scélérats. » En finir ! le sinistre mot de Juin 48, monstrueux en mars 71.

Quoi ! sous l’œil des Prussiens, quand la France palpite à peine, quand le travail peut seul la refaire, vous, le Gouvernement de la France risquer la guerre civile, tant d’existences de travailleurs ! Au moins êtes-vous sûr d’en finir ? Trois jours durant, presque sans armes, les insurgés de Juin 48 ont tenu tête aux meilleurs généraux d’Afrique ; en 71, contre ce faisceau de bataillons pourvus de bons fusils, de canons tenant les hauteurs, vous n’avez qu’un Vinoy, la division tolérée par les Prussiens, trois mille sergents de ville et gendarmes, quinze mille hommes fort délabrés. Les sept à huit mille amenés de la Loire et du Nord ont failli se mutiner à la première revue. Mal nourris, mal abrités, ils errent sur les boulevards extérieurs ; les Parisiennes leur portent des soupes, des couvertures dans les baraquements où ils gèlent.

Comment désarmer cent mille hommes avec cette cohue ? Car, pour enlever les canons, il fallait désarmer la garde nationale. Les coalisés ricanaient des retranchements de Montmartre, des vingt-cinq hommes de la rue des Rosiers, déclaraient élémentaire la reprise de canons. Ils étaient en effet très peu gardés parce que cinquante pavés en l’air suffisaient pour arrêter net tout enlèvement. Qu’on y touchât et Paris accourrait. À peine arrivé, M. Thiers en eut la leçon. Vautrain avait promis ceux de la place des Vosges ; les gardes nationaux déclavetèrent les pièces et les petits bourgeois de la rue des Tournelles commencèrent à dépaver les rues.

Une attaque était insensée. M. Thiers ne vit rien, ni la désaffection de toutes les classes, ni l’irritation des

  1. « Quelques spéculateurs de Bourse, croyant qu’il suffisait d’une campagne de six semaines pour rendre l’élan aux spéculations dont ils vivaient, disaient : C’est un mauvais moment à passer, quelque cinquante mille hommes à sacrifier, après quoi l’horizon sera éclairci, les affaires reprendront. » (Enquête sur 4 septembre, M. Thiers.)