Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/170

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la salle des prudhommes où ils tinrent une réunion. Les délégués, qui venaient d’apprendre l’échec de Lyon, hésitaient. Le peuple voulait qu’on battit le rappel. Le maire refusait. À sept heures, il trouva un biais, promit de proposer un plébiscite sur l’établissement de la Commune. Un délégué lut cette déclaration au peuple qui abandonna aussitôt l’hôtel de ville.

À ce moment même, M. de l’Espée avait l’heureuse idée de faire battre le rappel que le peuple demandait depuis minuit. Il ramassa quelques gardes nationaux de l’ordre, rentra dans l’hôtel de ville complètement évacué et cria victoire dans une proclamation. Le conseil municipal vint lui communiquer la convention du matin ; de l’Espée refusa de fixer une date aux élections ; le général lui avait promis l’appui de la garnison.

À onze heures du matin, le rappel du préfet a rassemblé les bataillons populaires. Des groupes crient devant l’hôtel de ville : « Vive la Commune ! » De l’Espée fait venir sa troupe, deux cent cinquante fantassins et deux escadrons de hussards qui arrivent en traînant. La foule les entoure ; le conseil municipal proteste ; le préfet doit faire rentrer les soldats. Il ne reste plus contre la foule qu’une haie de pompiers et, dans l’hôtel de ville, deux compagnies dont une seulement est de l’ordre.

Vers midi, une délégation somme le conseil municipal de tenir sa promesse. Les conseillers présents — un assez petit nombre — consentiraient à s’adjoindre deux délégués par compagnie ; de l’Espée refuse toute concession. À quatre heures, une délégation du comité de la garde nationale, très nombreuse, se présente. Le préfet ne veut pas l’admettre, parle de se retrancher, de blinder les grilles. Les pompiers lèvent la crosse en l’air, livrent le passage, et de l’Espée est forcé de recevoir quelques délégués.

Au dehors, la foule s’irrite de ces pourparlers. À quatre heures et demie, les ouvriers de la manufacture d’armes arrivent. Un coup de feu part d’une des maisons de la place, tue un ouvrier passementier, Lyonnet. Cent coups de feu répondent ; le tambour bat, le clairon sonne ; les bataillons se ruent dans l’hôtel