Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/211

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là-bas, le Mont-Valérien crachant la mort, ici, les hommes vivant en frères, sentait ses yeux humides, un frisson parcourir sa peau, prenait en quelques heures la maladie parisienne.

C’était une fièvre de foi, de dévouement, d’espoir surtout. Quelle rébellion fut armée de la sorte. Il ne s’agit plus comme en Juin 48, de désespérés, derrière des pavés, réduits à charger leurs fusils de lingots ou de pierres. La Commune de 71, bien autrement armée que celle de 1793, possède plus de soixante mille aguerris, des centaines de mille de fusils, douze cents canons, cinq forts, une enceinte couverte par Montmartre, Belleville, le Panthéon, des munitions pour des années, des milliards si elle veut. Que lui faut-il pour vaincre ? Un peu d’instinct révolutionnaire. Il n’est personne à l’Hôtel-de-Ville qui ne se vante d’en avoir.

Le 4, à la séance de nuit, le Comité Central, enhardi par la défaite, vient redemander l’Intendance et le droit de réorganiser la garde nationale. La Commune se plaint de son obstination à rester au pouvoir et, quelques instants après, accepte qu’il soit chargé de l’Intendance. Il y a plus ; Bergeret qui arrive est prié de donner des détails sur la situation militaire. Il fait froidement son éloge, met la défaite sur le compte de « retards fâcheux » et « se retire salué par les applaudissements unanimes de l’assemblée. » Ainsi s’exprime le procès-verbal, jusqu’à ce jour inédit, comme ceux des seize premières séances [1].

Non seulement la Commune ne blâme pas les auteurs de la sortie, mais elle « leur laisse toute liberté pour la conduite des opérations militaires ; aussi éloignée de les désobliger que d’affaiblir leur autorité. » Et cependant leur incurie, leur incapacité avaient été mortelles. Sans doute la Commune comprit qu’elle était responsable et que, pour être juste, elle aurait dû s’accuser aussi.

  1. Les procès-verbaux officiels de la Commune furent sauvés de l’Hôtel-de-Ville, le mardi 23 mai, par un ami du secrétaire Amouroux, fait prisonnier la veille. L’auteur les a retrouvés tout récemment au musée Carnavalet. Par eux, il peut rectifier beaucoup et combler des lacunes.