Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/227

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


l’autonomie du voisin, la Commission exécutive avait refusé d’armer les communes sous Paris demandant à marcher contre Versailles. M. Thiers ne faisait pas mieux pour isoler Paris.

Vingt-six voix contre treize votèrent les conclusions du rapport. Vingt élections seulement furent validées [1], ce qui était illogique. Il fallait valider tout le monde ou ne valider personne, car tel fut admis avec moins de 1 100 voix et tel resta dehors avec 2 500. Quatre étaient des journalistes, six des ouvriers. Onze, envoyés par les réunions publiques, allèrent renforcer les romantiques. Deux des validés refusèrent de siéger parce qu’ils n’avaient pas obtenu le huitième des voix, Briosne et l’auteur des admirables Propos de Labienus, Rogeard, qui se laissa tromper par un faux scrupule de légalité. Seule faiblesse de ce cœur généreux qui consacrait à la Commune une éloquence brillante et pure. Sa démission priva le Conseil d’un homme de bon sens, elle démasqua une fois de plus l’apocalyptique Félix Pyat.

Le 1er avril, sentant venir l’orage, et professant pour les coups la même horreur que Panurge, Félix Pyat avait envoyé sa démission de membre de la Commission exécutive et déclaré sa présence indispensable à Marseille. Les chasseurs de Galliffet rendant la sortie périlleuse, il s’était résigné à rester, mais en prenant deux masques, l’un pour l’Hôtel-de-Ville, l’autre pour le public. À la Commune, à huis-clos, il poussait aux mesures violentes ; dans son journal il pontifiait, secouait ses cheveux gris, disait : « À l’urne et non à Versailles ! » Là encore il avait deux visages. Voulait-il la suppression des journaux, il signait : le Vengeur. Pour ronronner, il signait Félix Pyat. Vint la déroute d’Asnières. La peur le reprit, et il chercha de nouveau l’issue. La démission de Rogeard l’ouvrit. À l’abri de

  1. Vésinier, Cluseret, Pillot, Andrieu (Louvre) ; Pothier, Serraillier, J. Durand, Johannard (Bourse) ; Courbet, Rogeard (Luxembourg) ; Sicard (Palais-Bourbon) ; Briosne (Opéra) ; Philippe, Lonclas (Reuilly) ; Longuet (Passy) : Dupont (Batignolles) ; Cluseret, Arnold (Montmartre) ; Menotti Garibaldi (Buttes-Chaumont) ; Viard, Trinquet (Ménilmontant).