Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/226

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commencée par l’initiative populaire du 18 Mars, inaugure une ère nouvelle » ; mais sans rien exposer de précis. Pourquoi ne pas reprendre la formule du 29 mars : « À la Commune ce qui est communal, à la Nation ce qui est national », définir la Commune future, assez étendue pour que la vie politique y soit possible, assez limitée pour que les citoyens puissent facilement combiner leur action sociale, la Commune de quinze ou vingt mille âmes, la Commune-canton, exposer nettement ses droits et ceux de la collectivité. Tel qu’il était, ce programme obscur, incomplet, dangereux sur plusieurs points, ne pouvait, malgré des pensées fraternelles, éclairer suffisamment la province. Au reste du monde elle ne disait rien. Cette Révolution faite au cri de la République universelle paraissait ignorer l’immense famille ouvrière qui l’observait anxieusement. L’Hôtel-de-Ville de 1871 restait en arrière de la Commune de 1793.

Ce n’était qu’un projet ; on allait sans doute l’étudier à fond. La Commune le vota, dans sa réunion du soir, presque sans débat. Cette assemblée qui donna quatre jours à la question des échéances commerciales, d’interminables heures à celle du Mont-de-Piété, n’eut pas de discussion solennelle pour cette déclaration, son programme en cas de victoire, son testament si elle succombait.

En revanche, il y eut des casuistes. La Commune avait validé six des élections du 26 mars à la majorité absolue. Le rapporteur des élections du 16 avril proposait de valider toutes celles qui avaient réuni la majorité absolue. Ces scrupuleux s’indignèrent : « Ce serait dirent-ils, le plus grand croc-en-jambes que jamais Gouvernement ait donné au suffrage universel ». On ne pouvait pourtant pas convoquer sans cesse les électeurs. Trois arrondissements des plus dévoués, notamment le XIIIe, dont les meilleurs étaient au feu, n’avaient donné aucun résultat. Un nouveau scrutin n’eût fait qu’accuser davantage l’isolement de la Commune.

La discussion fut très vive ; il y avait des enragés de légalité dans cet Hôtel-de-Ville hors la loi. Paris devait s’étrangler avec leurs principes sauveurs. Déjà, au nom de la sainte autonomie qui défend d’intervenir dans