Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/246

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placèrent à la 17e légion ; il fut cassant, vite impopulaire, arrêté le 3 avril. Deux membres de la Commune, Malon et Ch. Gérardin, le firent relâcher et le présentèrent à Cluseret, qui l’accepta pour chef d’état-major. Rossel crut le Comité Central une force, lui demanda des avis, rechercha les hommes qu’il croyait populaires. Sa froideur, son vocabulaire technique, sa précision de parole, son masque de grand homme enthousiasmèrent les bureaux ; ceux qui l’étudiaient remarquaient son regard fuyant, signe irrécusable d’une âme inquiète. Peu à peu, le jeune officier révolutionnaire devint à la mode, et son attitude consulaire ne déplut pas au public écœuré de l’avachissement de Cluseret.

Rien cependant ne justifiait cet engouement. Chef de l’état-major général depuis le 5 avril, Rossel laissait vaguer les services. Le seul à peu près organisé, le contrôle d’informations générales, venait de Moreau qui fournissait tous les matins la Guerre et la Commune de rapports détaillés, souvent très pittoresques, sur les opérations militaires et l’état moral de Paris.

C’était à peu près toute la police de la Commune. La Sûreté générale, qui aurait dû illuminer les moindres recoins, ne jetait qu’une lueur folâtre.

Le Comité Central avait adjoint à Duval comme délégué civil à la préfecture de police le jeune Raoul Rigault qui passait très à tort pour un lin limier. Rigault fortement tenu pouvait être un bon sous-ordre et, tant que Duval vécut, il ne broncha pas. La Commune eut le tort de le laisser à la tête d’un service où la moindre fausse manœuvre était aussi dangereuse qu’aux avant-postes. Ses amis aussi étourdis que lui, à l’exception d’un très petit nombre, Ferré, Regnard, Levraud, etc., remplirent en gaminant les fonctions les plus délicates. La commission de sûreté, qui aurait dû surveiller Rigault ne fit que le suivre. Là aussi on vivait en camarades, se passant toutes les légèretés.

Dès le 1er avril, Ranc, Vermorel interpellent Rigault qui insère à l’Officiel des décrets de son cru. Le 4, Lefrançais lui reproche de n’avoir pas notifié à la Commune, l’arrestation d’un de ses membres, Assi ; le 5, Delescluze signale les empiétements de la Sûreté générale et Lefrançais demande le remplacement de Rigault.