Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/247

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Mais il n’y avait guère d’inflexibles à l’Hôtel-de-Ville. Beaucoup avaient combattu, comploté ensemble sous l’Empire, voyaient la révolution dans leurs amis. Rigault, se contenta de hausser les épaules avec son geste de gavroche.

On vit bientôt les souris danser autour de la Préfecture. Les journaux supprimés le matin se criaient le soir dans les rues ; les conspirateurs traversaient tous les services sans éveiller l’oreille de Rigault ou des siens. Ils ne découvrirent jamais rien ; il fallut toujours qu’on découvrît pour eux. Ils menaient les arrestations comme des marches militaires, le jour, à grand renfort de gardes nationaux. Après le décret sur les otages, ils ne trouvèrent que quelques ecclésiastiques : l’archevêque gallican Darboy, très bonapartiste ; son grand vicaire Lagarde ; le curé de la Madeleine, Deguerry sorte de Morny en soutane ; l’abbé Allard ; l’évêque de Surat ; un petit lot de jésuites et de curés dont celui de Saint-Eustache que Beslay fit relâcher. Tout le monde à la Commune n’approuvait pas ces razzias de soutanes. Vermorel, Arthur Arnould ne considèrent pas comme des otages sérieux les curés qui n’ont pas fait de politique. « Les parents, les auxiliaires des membres de l’Assemblée nationale, voilà dit Vermorel, les véritables otages. Notre but n’est pas de verser le sang des Versaillais et des otages, mais d’empêcher qu’on ne verse le nôtre. » Raoult Rigault répondit ce mot plus réfléchi que lui : « Les prêtres sont les plus puissants agents de propagande. » Ils furent, en effet, les plus puissants excitateurs contre la Commune, les plus acharnés à la répression.

La légèreté des arrestations inquiétait beaucoup de membres de la Commune. Ostyn, Clément, Theisz ne veulent pas qu’on se jette dans ce système d’arrestations à l’aventure. On n’a qu’un dévergondage de police, écrit Malon ; il eût mieux dit une fantasmagorie. Les vrais criminels en profitèrent. Des gardes nationaux avaient éventré les mystères du couvent de Picpus, découvert trois malheureuses enfermées dans des cages grillées, des instruments étranges, corselets en fer, ceintures, chevalets, casques, qui sentaient l’inquisition, un traité d’avortement, deux crânes encore