Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/316

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énorme barricade masque l’entrée de la place Vendôme. Le débouché de la Concorde est barré par la redoute St-Florentin qui va du ministère de la marine au jardin des Tuileries, épaisse de huit mètres, avec trois embrasures assez mal dirigées. Un large fossé qui découvre le système artériel de la vie souterraine sépare la place de la redoute. Des ouvriers lui font sa dernière toilette et couvrent de gazon les épaulements. Beaucoup de curieux regardent et plus d’une figure se rembrunit. Un corridor habilement ménagé mène sur la place de la Concorde. La statue de Strasbourg détache sa fière allure sur les drapeaux rouges. Ces communeux qu’on ose accuser d’ignorer la France ont pieusement remplacé les couronnes mortes du premier siège par les jeunes fleurs du printemps.

Nous entrons maintenant dans la zone de bataille. L’avenue des Champs-Élysées déroule sa longue ligne déserte coupée de sillons sinistres par les obus du Mont-Valérien et de Courbevoie. Ils atteignent jusqu’au Palais de l’Industrie dont les employés de la Commune dirigés par Cavalier, le fameux Pipe-en-Bois, un homme de talent, protègent courageusement les richesses. Dans le lointain, l’Arc de Triomphe profile son puissant massif. Les amateurs des premiers jours ont disparu de cette place de l’Étoile devenue presque aussi meurtrière que le rempart. Les obus ricochent sur la façade, écornent ces bas-reliefs que M. Jules Simon avait fait blinder contre les Prussiens. Les boîtes à mitraille répandent tout autour leur mortelle rosée. L’arche principale est bouchée pour arrêter les projectiles qui enfilaient l’avenue. Derrière cette barricade, des apparaux se montent pour hisser des canons sur la plate-forme qui gouverne les avenues convergentes.

Par le faubourg Saint-Honoré, nous longeons les Champs-Élysées. Dans le rectangle compris entre l’avenue de la Grande-Armée, celle des Ternes, les remparts et l’avenue Wagram, il n’y a pas de maison intacte. Vous le voyez, M. Thiers ne bombarde pas Paris, comme les gens de la Commune ne manqueront pas de le dire. Quelque lambeau d’affiche pend d’un mur à demi écroulé, discours de M. Thiers contre le