Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/318

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sifflent autour de lui. C’est Dombrowski qui s’amuse à engueuler les Versaillais des tranchées. Le général nous mène au château de la Muette, un de ses quartiers généraux. Toutes les chambres sont percées à jour par les obus. Il s’y tient cependant, y fait tenir les siens. On a calculé que ses aides de camp vivaient en moyenne huit jours. À ce moment, accourt la vigie du belvédère qu’un obus a traversé. « Restez, lui dit Dombrowski. Si vous ne devez pas mourir là, vous n’avez rien à craindre. » Sa bravoure est de fatalisme. Il ne reçoit aucun renfort, malgré ses dépêches à la Guerre, croit la partie perdue et le dit trop souvent. C’est là mon seul reproche ; vous n’attendez pas que je justifie la Commune d’avoir accepté le concours des démocrates étrangers. Est-ce que celle-ci n’est pas la révolution de tous les prolétaires ? Est-ce que dans toutes leurs guerres les Français n’ont pas ouvert les rangs aux grands cœurs de toutes les nations qui voulaient combattre avec eux ?

Dombrowski nous accompagne à travers Passy jusqu’à la Seine et montre d’un geste triste les remparts à peu près abandonnés. Les obus broient ou fauchent les abords du chemin de fer. Le grand viaduc s’écroule en plusieurs endroits. Les locomotives blindées ont été faussées, culbutées. La batterie versaillaise de l’île Billancourt tire au ras de nos canonnières, en coule une à ce moment même, l’Estoc. Une vedette recueille l’équipage et remonte la Seine sous le feu qui la poursuit jusqu’au pont d’Iéna.

Une atmosphère tendre, un soleil de vie, un silence de paix, enveloppent ce fleuve, ce naufrage, ces obus qui volent dans la solitude. La mort paraît plus cruelle jetée dans cet épanouissement de la nature. Allons saluer les blessés de Passy. Vous savez que M. Thiers fait tirer sur les ambulances de la Commune. Il a répondu aux protestations de la Société internationale de secours aux blessés : « La Commune n’ayant pas adhéré à la convention de Genève, le Gouvernement de Versailles n’a pas à l’observer. » La Commune a adhéré à la convention ; elle a mieux fait, elle a respecté les lois de l’humanité en présence des actes les plus sauvages. M. Thiers continue de faire achever