Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/348

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Cluseret s’est volatilisé par habitude. Malgré ses dépêches et les promesses de l’Hotel-de-Ville, La Cécilia n’a reçu ni renforts, ni munitions. À neuf heures on n’entend plus le canon des buttes. Les canonniers sont partis. Les fuyards des Batignolles qui arrivent à dix heures n’apportent que la panique. Les Versaillais peuvent se présenter, il n’y a pas deux cents combattants pour les recevoir.

Mac-Mahon, cependant, n’ose tenter l’assaut qu’avec ses meilleures troupes, tant cette position, tant la renommée de Montmartre est redoutable. Deux forts détachements l’assaillent par les rues Lepic, Marcadet et la chaussée Clignancourt. De temps en temps, des coups de feu partent de quelque maison. Aussitôt les colonnes s’arrêtent et commencent des sièges en règle. Ces milliers d’hommes qui entourent complètement Montmartre, aidés de l’artillerie établie sur le terre-plein de l’enceinte, mettent trois heures à gravir des position défendues sans méthode par quelques douzaines de tirailleurs.

À onze heures, le cimetière est pris. Il y a dans les environs quelques fusillades. Les rares obstinés qui combattent sont tués ou se replient, découragés de leur isolement. Les Versaillais grimpent aux buttes par toutes les pentes qui y conduisent, s’installent à midi au moulin de la Galette, descendent à la mairie, à la place Saint-Pierre, occupent sans la moindre résistance tout le XVIIIe arrondissement.

Ainsi fut abandonnée sans bataille, sans même une protestation de désespoir, cette hauteur imprenable d’où quelques centaines de résolus pouvaient tenir en échec toute l’armée de Versailles et contraindre l’Assemblée à une transaction. Deux fois dans ce siècle cette défense a trompé l’espoir de Paris.

À peine installé à Montmartre, l’état-major Versaillais commence des holocaustes aux mânes de Lecomte et de Clément Thomas. Quarante-deux hommes, trois femmes et quatre enfants ramassés au hasard sont conduits au n° 6 de la rue des Rosiers, contraints de fléchir les genoux, tête nue, devant le mur au pied duquel les généraux ont été exécutés le 18 mars. Puis on les tue. Une femme qui tient son enfant dans les bras refuse