Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/355

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Le reste appartient au massacre. On se bat encore à l’extrémité d’une rue que la partie conquise est déjà saccagée. Malheur à qui possède une arme, un uniforme ou de ces godillots que tant de Parisiens chaussent depuis le siège ; malheur à qui se trouble ; malheur à qui est dénoncé par un ennemi politique ou privé. On l’entraîne. Chaque corps a son bourreau en chef, le prévôt établi au quartier général ; pour hâter la besogne, il y a des prévôtés supplémentaires dans les rues. La victime y est amenée, fusillée. La fureur du soldat guidé par les hommes d’ordre qui se montrent dès l’occupation du quartier, sert les haines, liquide les dettes. Le vol suit le massacre. Les boutiques des commerçants qui ont servi la Commune ou que leurs concurrents accusent sont mises au pillage. Les soldats brisent les meubles, enlèvent les objets précieux. Bijoux, vins, liqueurs, comestibles, linge, parfumerie disparaissent dans leurs havre-sacs.

Quand M. Thiers apprit la chute de Montmartre, il crut la bataille éteinte et le télégraphia aux préfets. Depuis six semaines il ne cessait de dire que, les remparts franchis, les insurgés s’enfuiraient ; mais Paris, contre toutes les habitudes des hommes de Sedan, de Metz et de la Défense, se défendait rue par rue, et plutôt que se rendre il brûlait.

Une lueur aveuglante se lève avec la nuit. Les Tuileries brûlent ; la Légion d’honneur, le Conseil d’État, la Cour des comptes. De formidables détonations partent du palais des rois dont les murs s’écroulent, les vastes coupoles s’effondrent. Les flammes tantôt paresseuses, tantôt vives comme des dards, sortent de cent croisées. Le flot rouge de la Seine reflète les monuments et double l’incendie. Chassées par un souffle de l’est, les flammes irritées se dressent contre Versailles et disent au vainqueur de Paris qu’il n’y retrouvera plus sa place et que ces monuments monarchiques n’abriteront plus de monarchie. La rue du Bac, la rue de Lille, la Croix-Rouge jettent en l’air des colonnes lumineuses. De la rue Royale à Saint-Sulpice, c’est un mur de feu que la Seine traverse. Des tourbillons de fumée voilent tout l’ouest de Paris et les spirales enflammées qui s’élancent des four-