Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/374

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rait encore contre lui le drapeau rouge de la barricade. Devant cette foi, l’officier versaillais ressentit quelque honte. Il se tourna vers les assistants accourus des maisons voisines et, à plusieurs reprises dit, pour se justifier : « Ils l’ont voulu ! ils l’ont voulu ! Pourquoi ne se rendaient-ils pas ! » Comme si les prisonniers n’étaient pas la plupart massacrés sans merci.

De la prison, les Versaillais vont occuper la barricade Saint-Laurent à la jonction du boulevard de Sébastopol, établissent des batteries contre le Château-d’Eau et, par la rue des Récollets, ils s’engagent sur le quai Valmy. À droite, leur débouché sur le boulevard Saint-Martin est retardé par la rue de Lancry contre laquelle ils tiraillent du théâtre de l’Ambigu-Comique. Dans le IIIe arrondissement, on les arrête rue Meslay, de Nazareth, du Vert-Bois, Charlot, de Saintonge. Le IIe envahi de tous côtés, dispute encore sa rue Montorgueuil. Plus près de la Seine, Vinoy parvient, par des rues détournées, à se glisser dans le Grenier d’Abondance. Pour l’en déloger, les fédérés incendient ce bâtiment dont l’occupation commande la Bastille.

Trois heures. — Les Versaillais envahissent de plus en plus le XIIIe. Leurs obus tombent sur la prison de l’avenue d’Italie. Les fédérés ouvrent les portes à tous les prisonniers parmi lesquels se trouvent les dominicains d’Arcueil qu’a ramenés la garnison de Bicêtre. Les moines se hâtent de fuir par l’avenue d’Italie ; la vue de leur robe exaspère les fédérés qui tiennent les abords et une douzaine des apôtres de l’Inquisition sont rattrapés par les balles.

Wroblewski avait reçu depuis le matin l’ordre de se replier sur le XIe. Il persistait à tenir et avait transporté le centre de sa résistance un peu en arrière, place Jeanne-d’Arc. Les Versaillais, maîtres de l’avenue des Gobelins, font à la mairie du XIIIe leur jonction avec les colonnes des avenues d’Italie et de Choisy. Un de leurs détachements continue de filer le long du rempart et s’engage sur le remblai du chemin de fer d’Orléans ; déjà les pantalons rouges se montrent au boulevard Saint-Marcel. Wroblewski, sur le point d’être cerné, est forcé de consentir à la retraite, les chefs