Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/395

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barricades de la rue de Paris. La mairie du XXe n’est occupée qu’à huit heures. La barricade de la rue de Paris, au coin du boulevard, reste défendue par le commandant du 191e et cinq ou six gardes qui tiennent jusqu’à épuisement de munitions.

Vers neuf heures du matin, une colonne versaillaise partie du boulevard Philippe-Auguste pénètre dans la Roquette et met en liberté cent cinquante sergents de ville, gendarmes, prêtres, réfractaires, adversaires de tout genre de la Commune que personne n’a inquiétés. Maître du Père-Lachaise, la veille au soir, Vinoy aurait pu occuper la prison évacuée beaucoup plus tôt par le poste des fédérés. Mais il professait la théorie de M. Thiers, qu’il n’y aurait jamais trop de martyrs. Plusieurs détenus qui étaient sortis la veille, dont l’évêque de Surat et deux prêtres, avaient été repris et fusillés aux barricades ; on pouvait espérer que d’autres auraient le même sort et justifieraient des représailles.

À dix heures, la résistance est réduite au petit carré que forment les rues du faubourg du Temple, des Trois-Bornes, des Trois-Couronnes et le boulevard de Belleville. Deux ou trois rues du XXe se débattent encore, entre autres la rue Ramponneau. Une petite phalange, conduite par Varlin, Ferré, Gambon, l’écharpe rouge à la ceinture, le chassepot en bandoulière, descend la rue des Champs et débouche du XXe sur le boulevard. Un garibaldien d’une taille gigantesque porte un immense drapeau rouge. Ils entrent dans le XIe. Varlin et ses collègues vont défendre la barricade de la rue du Faubourg-du-Temple et de la rue Fontaine-au-Roi. Elle est inabordable de front, de face ; les Versaillais maîtres de l’hôpital Saint-Louis parviennent à la tourner par les rues Saint-Maur et Bichat.

À onze heures, les fédérés n’ont presque plus de canons, les deux tiers de l’armée les entourent. Rue du Faubourg-du-Temple, rue Oberkampf, rue Saint-Maur, rue Parmentier, on veut encore lutter. Il y a là des barricades qu’on ne peut tourner et des maisons qui n’ont pas d’issues. L’artillerie versaillaise les canonne jusqu’à ce que les fédérés aient consommé leurs munitions. La dernière cartouche brûlée, ils se jettent sur les fusils qui les enferment.