Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/396

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La fusillade s’assoupit ; il y a de longs silences. Le dimanche 28 mai, à midi, le dernier coup de canon fédéré part de la rue de Paris que les Versaillais ont prise. La pièce bourrée à double charge exhale le suprême soupir de la Commune de Paris.

La dernière barricade des journées de Mai est rue Ramponneau. Pendant un quart d’heure, un seul fédéré la défend. Trois fois il casse la hampe du drapeau versaillais arboré sur la barricade de la rue de Paris. Pour prix de son courage, le dernier soldat de la Commune réussit à s’échapper.

À une heure, tout était fini. La place de la Concorde avait tenu deux jours ; la Butte-aux-Cailles, deux ; la Villette, trois ; le boulevard Voltaire, trois jours et demi. Sur les 79 membres de la Commune en fonctions le 21 mai, un était mort aux barricades, Delescluze ; deux, Jacques Durand, Raoul Rigault, avaient été fusillés. Deux étaient grièvement blessés, Brunel et Vermorel ; trois atteints, Protêt, Oudet et Frankel. Les Versaillais avaient perdu peu de monde ; les fédérés 3 000 tués ou blessés. Les pertes de l’armée en Juin 48 et la résistance des insurgés avaient été relativement plus sérieuses. Mais les insurgés de Juin n’eurent en face d’eux que trente mille hommes ; ceux de Mai luttèrent contre cent trente mille. L’effort de Juin ne dura que trois jours, celui des fédérés persista sept semaines. La veille de Juin, l’armée révolutionnaire était intacte ; le 20 mai elle était décimée. Ses défenseurs les plus aguerris avaient péri aux avant-postes. Que n’eussent fait dans Paris à Montmartre, au Panthéon, les quinze mille braves de Neuilly, d’Asnières, d’Issy, de Vanves et de Cachan.

L’occupation du fort de Vincennes eut lieu le lundi 29. Ce fort, désarmé, n’avait pu prendre aucune part à la lutte. Sa garnison se composait de 350 hommes et de 24 officiers commandés par le chef de légion Faltot, vétéran des guerres de Pologne et de Garibaldi, un des plus actifs le 18 Mars. On lui offrait un asile sûr. Il répondit que l’honneur lui défendait d’abandonner ses compagnons d’armes.

Le samedi, un colonel d’état-major versaillais vint négocier une capitulation. Faltot demandait des passe-