Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/483

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

Un convoi de déportés allait mettre à la voile. Victor Hugo, que Paris avait élu sénateur, demanda à Mac-Mahon d’ajourner le départ jusqu’à la décision certainement favorable des deux Chambres. Une pétition hâtivement organisée réunit en quelques jours plus de cent mille signatures. La question de l’amnistie devint tellement aiguë que le nouveau ministre de Mac-Mahon, le Dufaure du 18 Mars, voulut la vider immédiatement.

Cinq propositions furent déposées. Raspail, seul, demanda l’amnistie pleine et entière ; les autres exceptaient les crimes qualifiés de droit commun par les conseils de guerre et qui comprenaient les articles de journaux ; la Chambre nomma des commissaires. Neuf sur onze furent contre l’amnistie Raspail. Les nouvelles couches se manifestaient. C’était cette bourgeoisie moyenne de l’Empire, peureuse, hautaine au peuple, avocassière et finassante. Elle ne savait la Commune que par les rapsodies réactionnaires et, tout occupée de sa percée, disait très carrément : « Que ces communards nous laissent tranquilles, on verra plus tard ! » « L’insurrection du 18 Mars a été un grand crime, dit le rapporteur ; les chefs principaux reviendraient en France tels qu’ils étaient alors. Il y a eu des heures dans notre histoire où l’amnistie a pu être une nécessité, mais l’insurrection du 18 Mars ne peut, à aucun point de vue, être comparée à nos guerres civiles. J’y vois une insurrection contre la société tout entière. »

Raspail défendit noblement son projet, marqua les bourreaux, demanda qu’on poursuivît les « véritables provocateurs dont plusieurs jouissaient de l’impunité dans les Assemblées » ; Clemenceau fit du 18 Mars un exposé trop conforme à l’ignorance et aux peurs de son auditoire. D’autres, de l’Extrême-Gauche, parlèrent pour les vaincus en les accablant : « On se trompe absolument sur le caractère de cette révolution, dit de très haut l’un d’eux, on y voit une révolution sociale tandis qu’il n’y a en réalité qu’une attaque de nerfs et un accès de fièvre. » Le député de l’arrondissement qui avait nommé, où était mort Delescluze, appela le mouvement « détestable ». Marcou déclara que la Commune était un « anachronisme ». Aucun ne parla du sang, des pontons, des prisons, des conseils de guerre,