Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/499

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médecins parmi ses adversaires les radicaux. Il était depuis 72 le revendicateur de la démocratie, depuis 76 l’autorité de la Chambre, son président et son chef absolu depuis l’effondrement de Mac-Mahon et il avait imposé au Sénat le retour du Parlement à Paris ; le 14 Juillet allait inaugurer la grande fête nationale et les journaux même modérés acceptaient qu’on y associât tous les anciens condamnés. Gambetta, interpellé directement, se résolut au dernier effort. Il réunit les représentants des groupes modérés parla pour l’amnistie plénière et le 21 juin Freycinet la proposa.

Casimir Perier qui l’avait combattue en février, à côté de Freycinet, protesta amèrement. Freycinet répondit que la contradiction n’était qu’apparente ; sans doute les chemins de fer, ports, etc., n’étaient pas encore construits ni les impôts dégrevés, mais l’ordre était assuré ; l’essentiel. On aurait ri jaune si Gambetta n’était descendu de son fauteuil pour pétrir ces dures cervelles. Il dépeignit la France lasse, exaspérée de ces continuels débats sur l’amnistie se reproduisant à chaque question, à chaque élection et disant à ses gouvernants : « Quand me débarrasserez-vous de ce haillon de guerre civile ! » Il les prit par l’intérêt, leur montra les élections dans quinze mois, les rassura ensuite : « L’amnistie vous pouvez la faire, elle vous débarrassera beaucoup ; l’élection de Trinquet, c’est la dernière manœuvre d’un parti dans la main duquel on va briser l’arme unique ». S’il ne le croyait pas, ils le crurent, et votèrent l’amnistie par 312 voix contre 136, comme ils l’avaient repoussée dans des proportions inverses quatre mois auparavant.

La commission sénatoriale repoussa le projet. Le tortionnaire des prisonniers, le valet de M. Thiers et de Mac-Mahon, le bien plus calomniateur de Paris que Maxime Du Camp, le constant reptile contre Gambetta, Jules Simon arma ses vieux crocs d’un venin toujours frais contre la Commune, querella le ministère, supplia ses collègues de résister. Ils l’eussent fait sans la crainte d’un conflit avec la Chambre et d’une émeute de l’opinion tout acquise à Gambetta. On trouva un biais, encore la grâce-amnistie ; mais cette fois, le Gouvernement gracia tous les condamnés le 10 juillet.