Page:Lissagaray - Histoire de la Commune de 1871, MS.djvu/51

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De cette haute bourgeoisie mécontente, le seul qui se fût levé, son vrai chef, M. Thiers, s’était borné à une démonstration. Lui, si vieux dans les secrets d’État il savait notre ruine certaine, connaissant notre effroyable infériorité en tout genre ; il aurait pu grouper la Gauche, le tiers-parti, les journalistes, faire toucher du doigt la folie de l’attaque et, fort de ses collègues, de l’opinion conquise, dire à la tribune, aux Tuileries : « Nous combattrons votre guerre comme une trahison » Il ne voulut que dégager sa responsabilité « sa mémoire », comme il le dit ; ne lâcha pas le vrai mot : « Vous ne pouvez rien. » Et ces hauts bourgeois qui n’eussent pas exposé une miette de leur fortune sans des garanties formidables, jouèrent les cent mille existences et les milliards des Français sur la parole d’un Grammont et les gasconnades d’un Le Bœuf.

Cent fois ce ministre de la guerre a dit aux députés aux journalistes, dans les couloirs, dans les salons, aux Tuileries : « Nous sommes prêts, la Prusse ne l’est pas ! » Jamais les Loriquets n’ont su attribuer aux généraux populaires de la Révolution, les Rossignol, les Carteaux, des énormités comme ce tambour-major aux moustaches féroces en prodiguait aux premiers venus : « L’armée prussienne, je la nie ! » « Voilà la meilleure carte militaire ! » et il montrait son épée ; « il ne manque pas un bouton de guêtre ! » ; « j’ai quinze jours d’avance sur la Prusse ! » Le plébiscite avait révélé à la Prusse le nombre exact de nos soldats sous les drapeaux : trois cent trente mille, dont deux cent soixante mille tout au plus opposables, chiffre depuis longtemps transmis par les ambassades étrangères ; aux Tuileries s’entassaient des rapports sur les accroissements militaires de cette Prusse qui pouvait en 66 concentrer deux cent quinze mille hommes à Sadowa et disposait maintenant d’un demi-million ; seuls nos gouvernants refusaient de voir et de lire. Le 15 juillet, Rouher, suivi d’une grosse troupe de sénateurs, vint dire à Napoléon III : « Depuis quatre ans l’empereur a élevé à la plus haute puissance l’organisation de nos forces militaires. Grâce à vous, la France est prête. Sire ! »

Les blouses blanches firent la claque, allèrent, sous la police, manifester, souillèrent d’ordures la porte de